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20 décembre: La Réunion fête l’abolition de l’esclavage

Cette année, La Réunion fête les 170 ans de l’abolition de l’esclavage. Jour férié dans le département depuis 1983, le 20 “Désanm” est aussi une date éminemment symbolique pour les Réunionnais.

Aussi appelée « Fête Réunionnaise de la Liberté » ou « Fèt Kaf » en créole, cette journée est à la fois un temps de recueillement et un jour de fête. Chaque année, elle est marquée par des défilés et des concerts mettant à l’honneur la culture réunionnaise.

Trois siècles d’esclavage

Pour comprendre l’importance de cette date, il faut se replonger dans l’histoire de La Réunion. Dès le milieu du XVIIe siècle, des esclaves sont présents sur la colonie française. Le gouverneur Henry Habert de Vauboulon est ainsi le premier à utiliser le mot “esclave” dans un recensement de 1689-1690, soit seulement une cinquantaine d’années après la prise de possession de l’île par les Français. Pendant la période esclavagiste, des dizaines de milliers d’esclaves venant des côtes de l’Afrique orientale et à Madagascar sont amenés dans l’île pour développer la culture du café et de la canne à sucre.

Pourtant, l’esclavage avait disparu en France, sous l’influence de l’Eglise catholique. Mais en 1685, à l’initiative de  Colbert, ministre de la marine de Louis XIV, une ordonnance, à laquelle on donnera le nom de Code Noir, permet quelques arrangements avec la morale chrétienne.

Il prévoit notamment que les esclaves soient baptisés, aient accès à l’instruction, mais aussi la possibilité de se marier à l’église, d’être enterrés dans les cimetières. Les esclaves ont même officiellement droit au repos du dimanche et des fêtes.

Mais certains articles légitiment également les châtiments corporels, les mutilations, pouvant aller jusqu’à la mise à mort. “Tout fugitif disparu pendant un mois aura les oreilles coupées et sera marqué d’une fleur de lys avant d’avoir le jarret coupé en cas de récidive, et condamné à mort à la deuxième récidive”.

Ce décret sera appliqué à La Réunion, alors Bourbon, en 1723…mais dans les faits, beaucoup de maîtres ne le respectent pas. Les mauvais traitements poussent nombre d’esclaves à s’enfuir. Ces “marrons” s’installent pour la plupart dans les cirques.

La longue marche vers l’abolition

Le combat en faveur de l’abolition de l’esclavage reprend avec la révolution française. Un décret d’abolition de l’esclavage, datant de 1794, ne sera jamais appliqué à La Réunion. Dès 1802, sous le Consulat, Napoléon, rétablit l’esclavage dans les territoires.

L’esclavage est définitivement aboli à Paris, par le décret de Victor Schœlcher, le 27 avril 1848. Il faudra plusieurs mois pour que la nouvelle arrive à La Réunion. Le Commissaire général de la République, Joseph Napoléon Sébastien Sarda Garriga, débarque le 13 octobre 1848 à la Réunion.

Après deux mois à parlementer avec les colons inquiets, il décrète l’abolition de l’esclavage à La Réunion le 20 décembre 1848. Sur l’île, qui compte alors un peu plus de 100 000 habitants, environ 60 000 esclaves sont libérés…mais sont fortement incités à signer des contrats de travail avec leurs anciens maîtres. Et l’engagisme, qui succède à l’esclavage, ne sera guère plus juste.

Le 20 décembre, un jour férié à La Réunion

Il faudra plus d’un siècle pour que La Réunion célèbre l’abolition de l’esclavage. Le 21 mai 1981, onze jours après son élection à la présidence de la République, François Mitterrand se rend au Panthéon pour déposer une rose sur la tombe de Victor Schœlcher. Commence alors un chantier pour la création d’un jour chômé pour commémorer l’abolition de l’esclavage dans les anciennes colonies. Le 20 décembre 1981, les premières commémorations sont organisées dans plusieurs villes de La Réunion.  

Mais il faudra attendre la loi n°83-550 du 30 juin 1983, publiée au ‘’Journal Officiel’’ du 1er juillet 1983, pour que le 20 décembre devienne un jour férié à La Réunion.

Aujourd’hui, la commémoration de l’abolition de l’esclavage est devenu un jour de fête, marqué par des hommages et des manifestations culturelles et musicales. Pour que l’île n’oublie pas son passé douloureux, et parce que le combat pour la liberté continue. Danyel Waro, dans Foutan Fonnkèr, dit d’ailleurs “vin désanm la pokor”

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